Ouvert le 24 décembre 2024 par le pape François, le Jubilé de l’Espérance s’est achevé le 6 janvier 2026. Mais l’attention portée à la nécessité d’annuler la dette des pays les plus pauvres du monde ne doit pas s’éteindre : telle est la demande formulée par la campagne Debt for Climate dans une Lettre ouverte adressée au pape Léon XIV en vue de la clôture de l’Année Sainte.
Debt for Climate est, selon sa propre définition, un « mouvement de mouvements », dirigé par le Sud global et présent dans 25 pays. Il réclame l’annulation totale et inconditionnelle des dettes financières des pays les plus pauvres du monde, qu’il qualifie d’illégitimes, afin de leur permettre de libérer des ressources à investir dans la lutte contre la crise climatique, dont ces pays sont, du reste, les moins responsables.
Des dettes que le pape François lui-même avait qualifiées « d’iniques et impayables » dans la « Bulle de convocation du Jubilé ordinaire de l’Année 2025 ». Dans ce document, l’ancien pontife demandait expressément aux pays riches « de pardonner les dettes de pays qui ne pourraient jamais les rembourser », en soulignant que, « plus qu’une question de magnanimité, c’est une question de justice ».
La Lettre envoyée à Prevost demande précisément de considérer chaque jour suivant la clôture de l’Année Sainte comme s’il s’agissait encore de l’Année Sainte, jusqu’à l’obtention de l’annulation inconditionnelle de la dette. Il s’agit d’un fardeau qui contraint de nombreux pays du Sud global à dilapider des ressources publiques pour le service de la dette, en soustrayant des moyens essentiels aux investissements dans les mesures de mitigation et d’adaptation face à l’effondrement climatique en cours. « Nous avons besoin — peut-on lire dans la Lettre — de l’annulation inconditionnelle des dettes illégitimes, illégales et odieuses du Sud global ».
Comme si cela ne suffisait pas, l’énorme pression liée à la nécessité de rembourser la dette pousse nombre de ces pays à continuer d’autoriser des industries extractives, notamment celles liées aux énergies fossiles, à opérer sur leurs territoires. Le cercle vicieux classique. Pendant ce temps, les pays du Nord global, premiers responsables de la crise climatique, tirent profit à la fois de l’exploitation de ces mêmes ressources et des paiements d’intérêts sur la dette qu’ils perçoivent. C’est pourquoi, au-delà de la question de la dette, la critique vise également le système financier mondial actuel, dont une profonde réforme est demandée : « une nouvelle architecture financière internationale centrée sur l’être humain », pour reprendre les mots prononcés par le pape Léon XIV dans son discours aux participants de la Cop30.
À ceux qui affirment qu’une annulation massive de dettes est trop complexe, voire impossible, la Lettre répond que c’est exactement l’inverse. D’autant plus que cela s’est déjà produit dans l’histoire.
Ce fut le cas avec la campagne promue par la Jubilee 2000 Coalition à l’occasion du Jubilé de l’an 2000 : au fil des années, elle est parvenue à obtenir l’annulation de quelque 130 milliards de dollars de dettes pesant sur des pays pauvres très endettés. Cependant, l’exemple peut-être le plus célèbre de l’histoire a concerné un pays européen, l’Allemagne : l’accord conclu en 1953 sur les dettes de guerre allemandes fut l’un des facteurs qui permirent au pays de devenir la locomotive de l’Europe.
Le cas de l’Équateur remonte à la première décennie du nouveau millénaire ; la Lettre le rappelle parce que le processus avait débuté par un audit de la dette. Le même instrument est aujourd’hui utilisé au Sénégal. L’audit public de la dette souveraine est en effet présenté comme un moyen efficace permettant aux pays les plus endettés de reprendre le contrôle de leur dette dans une perspective de justice.
Parmi les signataires de la Lettre figurent des groupes et organisations engagés sur les questions de dette, de foi et de climat, parmi lesquels ActionAid International, Christians for Future, Eurodad et Pax Christi. Pour l’Italie, on compte notamment Attac, Climate Action Sud Tyrol, Fridays For Future et Ultima Generazione.
« La lutte pour les revendications du Jubilé — commente José Treviño, de la Coordination de Debt for Climate pour le Nord global — ne peut pas se rouvrir seulement dans 25 ans. Nous avons besoin de leadership, de peuples et de mouvements organisés qui continuent à lutter chaque jour pour maintenir la promesse du Jubilé : annuler la dette et restaurer la terre », en référence à l’appel biblique à la restitution de la terre évoqué dans le Livre du Lévitique.
Il y a quelques années, la section italienne de Debt for Climate avait également été lancée ; elle s’était présentée officiellement lors du World Congress for Climate Justice à Milan, mais n’avait ensuite pas disposé d’un élan suffisant pour poursuivre ses activités. Aujourd’hui, la campagne internationale souhaite tenter de s’enraciner à nouveau dans notre pays. Aussi en raison de l’importance stratégique que l’Italie revêt en tant que berceau du monde catholique.
Un monde catholique qui, par ailleurs, s’est fortement engagé sur ce front. En vue précisément du Jubilé de 2025, Caritas Internationalis avait promu la campagne « Turn debt into hope ». En Italie, elle a été relancée par la campagne « Cambiare la rotta », promue par Caritas Italiana avec un réseau d’organisations parmi lesquelles Earth Day Italia, Focsiv, Fondazione Finanza Etica, Salesiani per il sociale et Sermig Arsenale della Pace.
Voir : La cancellazione del debito dei Paesi poveri vada oltre il Giubileo
Photo. COP30 et justice climatique
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