Justice, Paix, Intégrité<br /> de la Création
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La résilience des communautés du Pacifique

IPS 27.04.2026 Sera Sefeti Traduit par: Jpic-jp.org

Les mangroves, les récifs et les écosystèmes côtiers sont bien plus que de simples ressources naturelles : ils constituent des solutions climatiques de première ligne. Dans des villages du Pacifique, comme Naidiri, sur la côte corallienne des Fidji, ces systèmes contribuent à réduire l’érosion, à protéger les moyens de subsistance et à renforcer la résilience à long terme.

Le changement climatique n’est plus une menace lointaine. Partout dans le Pacifique, il est devenu une réalité quotidienne qui transforme les littoraux, les moyens de subsistance et l’équilibre fragile entre les populations et leur environnement. Mais dans une région qui s’est depuis longtemps distinguée par sa résilience, les solutions ne sont pas inventées de toutes pièces. Elles sont ravivées, consolidées et étendues.

Les approches fondées sur la nature, qui utilisent les écosystèmes pour répondre aux défis climatiques, aux catastrophes et au développement, existent depuis toujours dans les communautés du Pacifique.

Depuis des générations, villages et communautés s’appuient sur les mangroves, l’agroforesterie et les pratiques traditionnelles pour protéger leurs terres et assurer la subsistance de leurs populations. Toutefois, à mesure que les impacts climatiques s’intensifient, l’ampleur et la rapidité des transformations imposent des réponses plus ambitieuses.

C’est dans cette perspective qu’une nouvelle initiative régionale entend combler le fossé entre les savoirs traditionnels et les politiques contemporaines.

Le projet de la Communauté du Pacifique (SPC) pour la Promotion des Solutions Fondées sur la Nature dans les Îles du Pacifique (PPIN) a précisément été conçu à cette fin : relier les connaissances communautaires aux systèmes qui orientent le développement et les investissements.

Rakeshi Lata, responsable de la formation et du renforcement des capacités pour les solutions fondées sur la nature au sein de la SPC, explique que le projet ne vise pas à remplacer les savoirs traditionnels, mais à les valoriser : « Il agit comme un pont reliant les pratiques communautaires aux politiques nationales afin de mobiliser des ressources et d’étendre l’application de méthodes locales ayant déjà fait leurs preuves ».

Au fond, le PPIN remet en question un déséquilibre profondément enraciné dans les modèles de développement, où les infrastructures artificielles sont privilégiées tandis que la nature est reléguée au second plan.

« Plus concrètement, le PPIN répond au fait que les pays du Pacifique sont extrêmement vulnérables au changement climatique, aux catastrophes et à la dégradation des écosystèmes ; pourtant, les décisions en matière de développement continuent de privilégier des solutions artificielles, tandis que la nature est perçue comme secondaire ou simplement comme une question environnementale », souligne Lata.

Cette déconnexion apparaît avec une particulière acuité dans le Pacifique, où la vie, la culture et l’économie des populations sont intimement liées à l’environnement naturel. Lorsque les écosystèmes se dégradent, les communautés en subissent immédiatement les conséquences à travers l’insécurité alimentaire, l’érosion côtière et l’aggravation des risques de catastrophes. Pourtant, malgré l’efficacité démontrée des solutions fondées sur la nature, leur adoption demeure limitée : elles restent souvent fragmentées, sous-financées et confinées à de petits projets pilotes.

Le village de Naidiri, sur la côte corallienne des Fidji, illustre la mise en œuvre concrète de ces solutions, avec des communautés qui restaurent mangroves et récifs afin de protéger leur littoral et de préserver leurs moyens de subsistance. « L’intégration politique, les capacités techniques, les preuves économiques et les financements nécessaires pour faire des solutions fondées sur la nature une pratique courante dans des secteurs tels que les infrastructures, les finances, l’agriculture, la sylviculture, la pêche et le tourisme restent insuffisants », observe Lata.

C’est précisément dans cet écart entre ce qui fonctionne à l’échelle locale et ce qui est appliqué au niveau national que le PPIN intervient. Le projet rejette notamment l’idée selon laquelle les savoirs traditionnels et la science moderne seraient en concurrence : « La philosophie centrale du PPIN est que les connaissances traditionnelles et les politiques modernes ne sont pas des forces opposées, mais des atouts complémentaires. Ce projet vise à institutionnaliser ce que les communautés pratiquent avec succès depuis des siècles ». « Le PPIN intègre activement la science moderne afin de renforcer les approches traditionnelles », ajoute Lata.

Aux Fidji, au Vanuatu et aux Tonga, cette intégration est désormais visible non seulement dans les discours, mais aussi sur le terrain.

La restauration des mangroves, par exemple, est utilisée pour réduire l’érosion côtière et l’impact des ondes de tempête, offrant ainsi une alternative naturelle aux coûteuses digues artificielles. Lors du cyclone Vaiana aux Fidji, des embarcations ont trouvé refuge dans les mangroves, protégées des vents violents et des vagues, illustrant la manière dont la protection des écosystèmes peut renforcer la résilience en temps réel.

Ces mêmes mangroves retiennent également les sédiments, protégeant ainsi les communautés situées en aval ainsi que les récifs coralliens, sans recourir à des infrastructures en béton.

Dans les zones rurales, les systèmes agro-forestiers traditionnels sont renforcés. Associant arbres et cultures, ils améliorent la stabilité des sols, renforcent la sécurité alimentaire et accroissent la résilience face à la sécheresse. Ces systèmes réduisent le besoin d’irrigation artificielle et de stabilisation des terres, tout en préservant l’équilibre écologique.

Malgré ces avancées, l’extension de ces solutions demeure historiquement difficile. La fragmentation de la gouvernance, la mise en œuvre cloisonnée entre ministères et organisations non gouvernementales, ainsi que les capacités techniques limitées, ont freiné les progrès.

Le PPIN a été conçu pour lever ces obstacles : « L’un des piliers centraux du PPIN réside dans le développement de capacités ciblées, comprenant des programmes de formation et des communautés de pratique, grâce à la création de réseaux d’apprentissage entre pairs centrés sur des secteurs spécifiques afin de favoriser l’échange continu de connaissances et la collaboration ».

La restauration des coraux contribue à reconstruire les écosystèmes récifaux qui protègent les côtes du Pacifique, soutiennent la pêche et assurent les moyens de subsistance des communautés. Au-delà de l’intégration des politiques publiques, le projet investit également dans les populations, en particulier celles qui vivent au plus près des terres.

Les programmes de formation, qui comprennent des écoles pratiques pour agriculteurs et des initiatives de résilience côtière, mettent l’accent sur les applications concrètes des solutions fondées sur la nature en matière de génération de revenus. Les participants acquièrent des compétences pratiques en agriculture intelligente face au climat et en agriculture biologique, établissant un lien direct entre la santé des écosystèmes, la production alimentaire et le bien-être des familles.

La réponse des communautés a été largement positive. Plus de la moitié des participants sont des femmes (80 sur 146), tandis que les jeunes et les professionnels communautaires prennent également une part active aux initiatives.

Alors que le projet approche de son terme, son héritage se consolide déjà, non seulement à travers ses résultats, mais aussi au sein des structures qui lui survivront.

« Afin de garantir la durabilité et l’accessibilité à long terme, les supports de formation, les guides techniques, les résultats des évaluations des besoins et d’autres ressources sont en cours de regroupement et seront hébergés dans un centre régional de connaissances consacré aux systèmes fondés sur la nature », explique Lata.

« Ce centre offrira une plateforme unique et fiable permettant aux gouvernements, aux praticiens, aux communautés, aux femmes et aux jeunes d’accéder aux ressources du Réseau d’Innovation pour les Populations (PPIN) ».

Mais son impact le plus durable est peut-être moins tangible, tout en étant plus profond. Au-delà des ressources matérielles, le PPIN laissera derrière lui des réseaux régionaux et des communautés de pratique renforcés, capables de continuer à relier des professionnels issus de différents pays et secteurs.

Dans une région située en première ligne face au changement climatique, l’avenir réside peut-être moins dans le choix entre tradition et science que dans leur articulation. Car dans le Pacifique, la résilience ne s’est jamais construite sur un seul système. Elle se transmet de génération en génération, à travers les systèmes de savoirs et, désormais de plus en plus, à travers les politiques publiques et les pratiques institutionnelles.Haut du formulaire

Imagen: LudovicBranlant / SPC

 

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