L’Africa Center for Strategic Studies dresse un bilan : en 2025, le nombre de victimes a augmenté d’un quart, dont 40 % dans le Sahel, où les chiffres concernant la violence exercée par les États sont particulièrement préoccupants. Le pays où ce phénomène a causé le plus de morts est la Somalie, tandis qu’une nouvelle spirale d’attaques frappe également le nord-est du Nigeria.
Les derniers événements survenus au Mali le démontrent : l’islamisme militant demeure la principale source d’insécurité en Afrique. Mais la répression exercée par les États provoque elle aussi une augmentation du nombre de victimes, au lieu de contribuer à réduire le phénomène. C’est ce qu’affirme une étude approfondie réalisée par l’Africa Center for Strategic Studies (ACSS), une institution académique de recherche reconnue, rattachée au Département de la Défense des États-Unis et financée par le Congrès.
En 2025, le nombre de victimes s’est élevé à 23 968, soit une hausse de 24 % par rapport à l’année précédente, pour un total de 8 375 épisodes de violence, le chiffre le plus élevé jamais enregistré sur le continent.
Le Sahel continue d’enregistrer le plus grand nombre de victimes liées à ces groupes par rapport à toutes les autres régions d’Afrique, représentant 41 % du total. Il occupe cette position depuis maintenant cinq ans.
Cette réalité contredit les affirmations de l’un des principaux dirigeants de la région, le capitaine Ibrahim Traoré, président arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’État au Burkina Faso. Celui-ci a rejeté, en le qualifiant de mensonger, le récent rapport de Human Rights Watch, selon lequel plus de 1 800 civils auraient été tués au cours d’actes constituant des « crimes contre l’humanité » durant les trois années écoulées depuis sa prise de pouvoir.
Les deux tiers de ces décès — 1 255 victimes sur 1 837, toutes civiles — seraient imputables aux forces armées et aux Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), des milices civiles créées en 2020 par l’ancien président Roch Marc Christian Kaboré, puis considérablement renforcées par Ibrahim Traoré grâce à des campagnes massives de recrutement.
Il s’agirait d’actions de représailles menées en réponse aux activités des groupes terroristes. En d’autres termes, le remède apparaît pire que le mal. Ces tactiques répressives continuent non seulement d’alimenter le recrutement djihadiste, mais elles ont également entraîné une augmentation du nombre de victimes civiles causées par les forces armées et les milices qui leur sont alliées.
En ce qui concerne le Burkina Faso, cette proportion entre les forces de sécurité et leurs alliés d’une part et les milices djihadistes d’autre part, apparaît également dans le rapport de l’ACSS. Selon celui-ci, en 2025, les premières ont commis 540 attaques contre des civils, tandis que les secondes en ont perpétré 310. La situation est toutefois différente au Mali, où l’écrasante majorité des violences a été commise par les groupes islamistes.
Dans l’ensemble, cependant, au Mali comme au Burkina Faso, le nombre de victimes causées par les armées et leurs alliés a dépassé celui des victimes attribuées aux groupes islamistes militants.
En Somalie, où opèrent les groupes al-Shabaab et l'État islamique (EI/ISIS), les affrontements avec les forces armées se sont intensifiés.
Dans ce pays, les décès attribués aux groupes militants se sont élevés à 8 813 au cours de la seule année écoulée, soit une augmentation de 93 % par rapport à l'année précédente, représentant 37 % de l'ensemble des victimes. Il s'agit du nombre de victimes le plus élevé enregistré dans un seul pays.
Dans le bassin du lac Tchad, en revanche, le nombre de victimes a augmenté de 28 % par rapport à l'année précédente, démontrant la menace persistante que représentent Boko Haram et l'État islamique en Afrique de l'Ouest (ISWA), en particulier dans le nord-est du Nigeria.
Dans le nord-ouest du pays également, la menace contre la sécurité s'aggrave, aussi bien avec Boko Haram qu'avec Ansaru (Avant-garde pour la protection des musulmans dans les terres noires), une faction dissidente de Boko Haram créée en décembre 2011.
Dans l'ensemble, selon les données de cette analyse, le Sahel, la Somalie et le bassin du lac Tchad représentent 98 % de toutes les victimes en Afrique liées aux groupes islamistes militants.
Plus précisément, la zone géographique du Sahel touchée par la menace et la violence de ces groupes couvre le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Cette violence est en grande partie alimentée par la coalition Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM ou GSIM), à laquelle sont attribuées 78 % des victimes enregistrées dans la région au cours de l'année écoulée.
Le Burkina Faso continue d'enregistrer les niveaux de violence les plus élevés de la région, avec 50 % des victimes liées aux militants islamistes. Le Mali représente plus de 29 % de ces victimes, tandis que le Niger en totalise 17 %.
La part du Niger représente une augmentation très importante par rapport aux 7 % enregistrés en 2023, année où un coup d'État militaire a renversé le gouvernement du président Mohamed Bazoum.
Au Mali, avant les événements du 25 avril, qui ont vu naître l'alliance inédite entre les djihadistes et le Front de libération de l'Azawad (FLA), organisation séparatiste touarègue, le JNIM avait lancé des attaques contre des bases militaires, de Tombouctou, au nord, jusqu'à Bamako, au sud, ainsi qu'à Kayes, à l'ouest, et dans les zones proches des frontières avec le Sénégal et la Mauritanie.
Depuis septembre 2025, la coalition cible également l'approvisionnement en carburant du pays en s'attaquant aux principaux corridors économiques en provenance du Sénégal et de la Côte d'Ivoire.
Selon les analyses, ces groupes ne se contentent pas de circuler relativement librement dans les territoires. Le JNIM, par exemple, a exploité la répression et les violences commises contre les civils par les juntes militaires du Burkina Faso et du Mali, ainsi que les atrocités perpétrées contre les populations civiles par des groupes paramilitaires russes alliés à ces juntes, afin de renforcer son recrutement.
Au cours de l'année écoulée, on a également assisté à une compétition de plus en plus vive entre différents groupes terroristes, notamment entre le JNIM et l'État islamique dans le Grand Sahara (EIGS/ISGS), principalement implanté dans l'ouest du Niger et l'est du Mali. De nombreux affrontements ont opposé ces deux groupes militants dans l'ouest du Burkina Faso et le nord du Mali.
Par ailleurs, l'expansion vers le sud des groupes islamistes militants du Sahel continue d'exercer une forte pression sur les pays côtiers d'Afrique de l'Ouest, notamment le Togo et le Bénin.
En ce qui concerne la Somalie, deux éléments méritent d'être soulignés. Le premier est que l'augmentation du nombre de victimes est également due à la « violence à distance », liée à l'utilisation croissante de drones et aux frappes aériennes.
Le second concerne le renforcement des liens entre al-Shabaab et les Houthis au Yémen, avec une intensification de l'entraînement militaire et de l'acquisition d'armes sophistiquées.
Selon certaines sources, al-Shabaab consacre environ un quart de ses fonds opérationnels à l'achat d'armes auprès des Houthis et d'AQPA (Al-Qaïda dans la péninsule Arabique), au Yémen.
Dans le bassin du lac Tchad, l'année 2025, marquée par une augmentation de 28 % des victimes, s'est révélée la plus meurtrière jamais enregistrée dans cette région. 87 % des décès liés aux groupes islamistes militants dans cette zone se sont produits au Nigeria.
À l'inverse, le Cameroun, le Tchad et le Niger ont enregistré une diminution du nombre de victimes. Dans cette région également, une rivalité oppose Boko Haram et l'ISWA.
Il convient également de signaler que de nombreuses bandes criminelles opèrent dans ces territoires — comme celle qui, en décembre dernier, a enlevé 253 enfants dans une école catholique de l'État nigérian du Niger — en reproduisant les méthodes d'action des groupes djihadistes.
De leur côté, les djihadistes adoptent aussi des tactiques empruntées aux groupes de bandits, notamment le vol de bétail, l'extorsion et le pillage.
Il faut également mentionner le nord du Mozambique, où agit le groupe Ahl al-Sunnah wal-Jama'a (ASWJ), également connu parmi la population sous le nom d'al-Shabaab (sans lien connu avec l'organisation somalienne du même nom). Dans cette région, le nombre de victimes a augmenté de 51 % en 2025, les civils représentant environ la moitié de l'ensemble des victimes.
Le groupe terroriste fait preuve d'une remarquable capacité de résilience, bien que l'on estime qu'il ne compte pas plus de 350 combattants, répartis en petites cellules dispersées dans les zones rurales du pays.
Enfin, le tableau comprend également l'Afrique du Nord, qui demeure relativement calme, à l'exception de quelques incidents isolés en Algérie et en Libye.
Dans ces pays, les services de renseignement ont démantelé quatre cellules de l'État islamique, dont les activités visaient à faciliter le transfert de combattants depuis l'Europe, via la Libye, vers le Sahel et la Somalie, à produire et diffuser de la propagande sur les réseaux sociaux, à blanchir des fonds destinés à soutenir une opération planifiée au Soudan, à créer des cellules dormantes en Libye et, enfin, à générer des profits grâce au trafic de migrants.
Voir, Terrorismo jihadista in Africa: sempre più vittime, e la repressione fa peggio
Photo : Miliciens dans la région de Tillabéri, au Niger. © Aharan Kotogo – Wikimedia Commons.
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