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Inde : la haine contre les musulmans et les chrétiens s’intensifie

http://www.settimananews.it 30.01.2026 Marco Bernardoni Traduit par: Jpic-jp.org

Le 4 janvier dernier, dans l’État indien oriental d’Odisha, un groupe d’agresseurs a contraint le pasteur protestant Bipin Bihari Naik à manger de la bouse de vache et à s’incliner devant un temple hindou, l’accusant de prosélytisme. L’épisode n’est devenu public qu’à la suite d’un rapport de police établi — plus de quinze jours après les faits — après la plainte déposée par l’épouse du pasteur.

Le pasteur et sa famille participaient à une réunion de prière dans une résidence privée, avec d’autres familles, dans le village de Parjang, dans le district de Dhenkanal, lorsqu’un groupe d’une vingtaine de personnes a fait irruption dans la maison et l’a agressé, frappant également ceux qui ont tenté de lui porter secours.

Par la suite, le pasteur a été soumis à une humiliation publique : contraint de manger de la bouse de vache, de s’incliner devant un temple et de crier Jai Shree Ram (« Gloire au Seigneur Ram »). Puis, enduit d’un pigment rouge, il a été forcé de défiler dans le village avec une guirlande de fleurs autour du cou et chaussé de pantoufles.

La police, arrivée sur place près d’une heure plus tard, a d’abord résisté à l’enregistrement de l’incident. Il a fallu l’intervention d’un surintendant pour que la plainte de l’épouse du pasteur Naik soit acceptée. Entre-temps, les agresseurs avaient eux-mêmes déposé une plainte contre le pasteur, l’accusant de pratiquer des conversions forcées. Neuf personnes ont finalement été arrêtées par la police le 21 janvier et les recherches se poursuivent pour identifier d’autres suspects.

Condamnant l’attaque, la Catholic Bishops' Conference of India a demandé une action immédiate contre les responsables et justice pour la victime. Dans un communiqué publié sur son site officiel, on peut lire :

« La Conférence épiscopale catholique de l’Inde (CBCI) condamne fermement l’attaque brutale perpétrée contre un pasteur chrétien dans l’Odisha, qualifiant cet épisode de grave acte de violence et d’humiliation qui porte atteinte au cœur même de la dignité humaine et de la liberté religieuse.

La CBCI exprime sa profonde consternation face aux informations selon lesquelles le pasteur aurait été contraint de manger de la bouse de vache, qualifiant cet acte d’inhumain, car il ne se contente pas d’avilir une personne mais vise également sa foi. De tels actes n’ont pas leur place dans une société civile et démocratique.

Demandant une intervention immédiate et ferme, la CBCI exhorte les autorités à identifier et à punir sans délai les responsables et à garantir justice à la victime. La CBCI exprime sa solidarité avec le pasteur et réaffirme son engagement à se tenir aux côtés de toutes les victimes de violence et de discrimination ».

L’épisode a également été dénoncé par Conrad K. Sangma, premier ministre de l’État du Meghalaya, dans le nord-est du pays et catholique pratiquant, qui a qualifié cet événement de tache sur le tissu pluraliste de l’Inde. « On ne peut permettre que la violence de masse remplace l’État de droit. S’attaquer à des personnes en raison de leur foi érode le tissu social pluraliste qui est essentiel à notre ordre constitutionnel », a déclaré Sangma, exprimant l’espoir que le gouvernement de l’Odisha « continuera à garantir la justice et l’État de droit ».

Le parti d’opposition Congress a attribué l’attaque à la « politique de haine et de division » du Bharatiya Janata Party du premier ministre Narendra Modi, qualifiant cet acte de honte pour l’humanité et pour une société civile.

Depuis que l’État d’Odisha est passé sous le contrôle du Bharatiya Janata Party (BJP) en juin 2024, on observe une augmentation des attaques contre les chrétiens, y compris des cas de refus d’inhumation — un acte représentant un profond déshonneur social et religieux pour ceux qui en sont victimes — de la part de groupes hindous d’extrême droite.

Selon le « Report 2025 : Hate Speech Events in India » publié par l’India Hate Lab (IHL), une agence du Centre for the Study of Organised Hate basée à Washington DC, 1 318 épisodes d’incitation à la haine (hate speech) contre des musulmans et des chrétiens ont été recensés en Inde en 2025 lors d’événements publics. Soit une moyenne de quatre par jour.

« L’année 2025 a inauguré une phase très préoccupante dans l’évolution de la rhétorique anti-minorités en Inde, reflétant un nouveau seuil de tolérance à l’égard de l’expression publique de la haine », indique l’introduction du rapport, qui « documente et analyse des cas vérifiés d’incitation à la haine dans tout le pays en 2025, notamment lors de rassemblements politiques, de processions religieuses, de marches de protestation et de rassemblements nationalistes ».

Après la forte augmentation des discours haineux observée en 2024, « le volume total des épisodes d’incitation à la haine en 2025 a encore augmenté, ce qui indique l’enracinement profond de la rhétorique sectaire comme caractéristique habituelle du paysage politique et social. Le nombre d’épisodes enregistrés en 2025 contre les minorités religieuses a dépassé les 1 165 cas recensés en 2024. Cette hausse signale un changement significatif dans le paysage politique indien, où la rhétorique incendiaire est passée d’une tactique spécifique de campagne électorale à un mécanisme normalisé et constamment utilisé de gouvernance politique ».

Cette rhétorique semble désormais fonctionner comme un instrument permanent de mobilisation de l’extrême droite hindoue dans l’ensemble du pays. L’intensification du phénomène en 2025 constitue un développement du projet idéologique majoritaire porté par le parti au pouvoir, le Bharatiya Janata Party, et les organisations nationalistes hindoues qui lui sont alliées.

Quelques données du rapport India Hate Lab

En 2025, 1 318 épisodes d’incitation à la haine visant des minorités religieuses — en particulier musulmans et chrétiens — ont été documentés dans 21 États, un territoire de l’Union et le Territoire de la capitale nationale (NCT) de Delhi. En moyenne, quatre épisodes de ce type se sont produits chaque jour. Cela représente une augmentation de 13 % par rapport à 2024 et de 97 % par rapport à 2023 (668 épisodes).

Au total, 1 289 épisodes, soit 98 %, visaient les musulmans : explicitement dans 1 156 cas ou conjointement avec les chrétiens dans 133 cas. Cela correspond à une augmentation de près de 12 % par rapport aux 1 147 cas enregistrés en 2024.

162 épisodes d’incitation à la haine visant les chrétiens ont été enregistrés, soit 12 % du total : 29 cas explicitement dirigés contre eux et 133 cas visant à la fois musulmans et chrétiens. Cela représente une hausse de près de 41 % par rapport aux 115 épisodes documentés en 2024.

Les États d’Uttar Pradesh (266), du Maharashtra (193), du Madhya Pradesh (172), de l’Uttarakhand (155) et Delhi (76) ont enregistré le plus grand nombre d’épisodes de discours haineux. Dans les 23 États et territoires de l’Union analysés, le BJP a exercé le pouvoir — seul ou en coalition — dans 16 juridictions pendant la majeure partie de l’année.

88 % des épisodes d’incitation à la haine (1 164) se sont produits dans des États gouvernés par le BJP, directement ou avec des partenaires de coalition, ainsi que dans des territoires de l’Union administrés par ce parti, soit une augmentation de 25 % par rapport aux 931 épisodes enregistrés en 2024.

Vedi, India: cresce l’odio contro musulmani e cristiani

Photo. Membres du Vishwa Hindu Parishad, organisation nationaliste indu (©Manish Swarup/AP)

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