Justice, Paix, Intégrité<br /> de la Création
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Soudan, la guerre et l’extermination qui ne font pas la une

https://lanuovabq.it 07.10.2025 Anna Bono Traduit par: Jpic-jp.org

Silence médiatique sur la guerre au Soudan et sur le terrible siège de la ville d’el-Fasher. Pourtant, il s’agit de la crise humanitaire la plus grave au monde, avec 150 000 morts et 14 millions de déplacés.

 

Le Soudan est en guerre depuis avril 2023. Le conflit a été déclenché par deux généraux, Mohamed Hamdan Dagalo et Abdel Fattah al-Burhan, autrefois alliés, qui se disputent le contrôle du pays, résolus à combattre jusqu’au bout, jusqu’à la défaite totale de l’adversaire et de ses alliés. Le premier commande les RSF (Forces de Soutien Rapide, en sigle anglais), une milice paramilitaire composée de 100 000, peut-être 150 000 combattants. Le second, qui est de facto le chef de l’État, dispose de l’armée nationale, d’une puissance approximativement équivalente. La guerre provoque la pire crise humanitaire au monde et de ces dernières décennies. Sur une population de 50 millions d’habitants, on estime à 150 000 le nombre de victimes civiles, à 14 millions celui des déplacés, dont trois millions réfugiés dans les pays voisins, et à 26 millions les personnes ayant un besoin extrême d’aide, la plupart souffrant de malnutrition aiguë.

La région la plus touchée, celle où la population paie le prix le plus élevé, est le Darfour, l’une des neuf provinces du Soudan. Là, la guerre entre les deux généraux est exacerbée par des facteurs tribaux, les mêmes qui furent à l’origine du conflit commencé en 2003 et achevé en 2020, avec un bilan de plus de 300 000 civils tués et trois millions de déplacés. Alors, comme aujourd’hui, le conflit opposait des tribus d’origine africaine à des tribus d’origine arabe et constitua un affrontement profondément asymétrique, car le gouvernement soudanais arma, finança et fournit un soutien technique et logistique aux tribus arabes et à leurs combattants, les janjaweed (« diables à cheval »), connus et redoutés pour la férocité avec laquelle ils furent autorisés à s’acharner contre les populations non arabes. Le président de l’époque, Omar al-Bashir, pour avoir encouragé une telle violence, fut dénoncé devant la Cour pénale internationale, accusé de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Les janjaweed, après 2020, ont été intégrés aux RSF. De nouveau, ils s’acharnent contre les populations d’origine africaine qui ont donc pris parti aux côtés du général al-Burhan. Le Darfour est depuis des mois en grande partie sous le contrôle des RSF. Le seul grand centre urbain où l’armée gouvernementale a résisté était el-Fasher, assiégée par les RSF depuis mai 2024. C’est dans cette ville que se joue la tragédie humanitaire la plus grave de tout le Soudan. Environ 260 000 personnes y sont piégées, dont près de la moitié sont mineures : toutes celles qui n’ont pas réussi à fuir durant les 17 mois de siège. Combien de personnes sont mortes entre-temps, nul ne le sait, et on ne le saura probablement jamais. Mais on sait de quoi l’on meurt : tués par les bombardements et les tirs d’armes à feu, victimes de maladies et de la faim. À el-Fasher, certains en sont réduits à manger des feuilles, de l’herbe et, finalement, même de la terre, dans l’espoir d’en tirer quelque subsistance. D’autres meurent de blessures et de maladies non soignées, d’épidémies telles que le choléra, pendant des mois, jusqu’à ce que ces épidémies s’éteignent après avoir emporté plus de 2 500 personnes.

On meurt ainsi parce que presque tous les hôpitaux et dispensaires sont hors d’usage et ont depuis longtemps épuisé leurs stocks de médicaments, mais aussi parce que les RSF utilisent la faim comme arme de guerre : elles empêchent l’entrée des approvisionnements, y compris en nourriture et en médicaments, et interdisent l’accès aux organisations humanitaires. Autour de la ville, des murs ont été érigés afin d’empêcher l’arrivée de l’aide et des opérateurs humanitaires, ainsi que la sortie des habitants, de facto retenus en otage.

Telle est la situation, qui s’aggrave de jour en jour dans une escalade d’atroces crimes contre les civils. C’est pourquoi, le 2 octobre 2025, des représentants internationaux de l’Église catholique, parmi lesquels figurent la Conférence épiscopale d’Afrique du Sud et Pax Christi USA, ainsi que plus de cent associations civiles et humanitaires, ont publié une lettre ouverte demandant en urgence la protection des civils et, surtout, l’ouverture de corridors humanitaires pour permettre à l’aide d’atteindre la population et aux habitants emprisonnés dans la ville de partir, s’ils le souhaitent, sans risquer d’être tués.

Interrogé par l’agence ACI Africa, Telley Sadia, délégué pour le Soudan de l’Agence catholique pour le développement d’outre-mer, a déploré que la situation d’el-Fasher et de l’ensemble du Soudan soit une guerre négligée par les médias internationaux malgré sa gravité. Il a donc demandé que davantage d’espace et de voix soient accordés au pays. Mais surtout – a-t-il déclaré – des interventions rapides et déterminées sont nécessaires, qui ne se limitent pas à des paroles de condamnation. Il faut « une action résolue de la communauté internationale pour empêcher le massacre incessant des civils piégés à el-Fasher. Un plan d’accès humanitaire doit être élaboré et mis en œuvre d’urgence, conformément au droit international humanitaire. Il convient de promouvoir des accords contraignants entre les parties en conflit afin de garantir le respect et la protection des civils ».

Mais les belligérants n’ont pas accueilli ces demandes. Une caractéristique du conflit, qui le rend si sanglant, est la volonté des deux parties de frapper les civils vivant dans les territoires contrôlés par l’adversaire : des victimes donc non pas en tant qu’effet collatéral de la guerre, mais en tant qu’objectif délibéré. Environ 470 000 habitants d’el-Fasher ont réussi à fuir la ville, surtout au cours des premiers mois du siège. Ils s’étaient réfugiés dans des camps de déplacés aménagés pour eux et pour les autres déplacés de la région : à l’abri, pensait-on du moins, bien que dans des conditions d’extrême fragilité dues à la malnutrition aiguë, aux très mauvaises conditions d’habitat et d’hygiène, et à l’insuffisance de l’assistance sanitaire liée aux restrictions imposées aux secours, souvent bloqués pendant des jours et des semaines. Le camp le plus grand, Zamzam, abritait plus de 700 000 déplacés lorsque, en avril 2025, l’impensable s’est produit. Les RSF l’ont attaqué et, après l’avoir bombardé, s’en sont emparées en tuant des milliers de personnes. Des centaines de milliers de déplacés, peut-être 400 000, ont pris la fuite et tenté de se mettre en sécurité, beaucoup parcourant des dizaines de kilomètres, désormais dépourvus de tout. Nombre d’entre eux sont morts en chemin, de faim et de soif. Le 13 avril, le camp était aux mains des RSF. Deux jours plus tard, le Royaume-Uni, l’Union africaine et l’Union européenne avaient convoqué une conférence dans le but d’engager une médiation entre les parties. Les représentants des deux généraux ne s’étaient même pas présentés. Le même jour, le chef des RSF, le général Dagalo, avait annoncé la formation d’un gouvernement alternatif à celui en place. « Nous construisons – avait-il déclaré – le seul avenir réaliste pour le Soudan, un gouvernement de paix et d’unité, le véritable visage du Soudan ».

Mais c’est un visage que le Soudan, en guerre pratiquement sans interruption depuis l’année de son indépendance en 1956, n’a jamais eu et qu’il n’aura encore pas avant longtemps.

Vedi, Sudan, la guerra e lo sterminio che non fanno notizia

Note complémentaire de la rédaction.

Selon de récents rapports des Nations unies et d’organisations de défense des droits humains, la situation au Darfour s’est fortement détériorée après que les Rapid Support Forces (RSF) ont pris le contrôle de la majeure partie de la région, en particulier après la chute d’El Fasher en octobre 2025. Des enquêtes internationales ont conclu que les opérations des RSF présentent des « caractéristiques de génocide », avec des massacres de masse, des viols systématiques, la destruction d’infrastructures civiles et des persécutions ethniques visant des communautés non arabes, telles que les Fur et les Zaghawa. La prise d’El Fasher — dernier grand bastion de l’armée soudanaise au Darfour — a été suivie de plusieurs jours de massacres et d’une campagne de violence organisée contre les civils, faisant des milliers de morts et des dizaines de milliers de déplacés.
Aujourd’hui, une grande partie du Darfour est de facto sous domination des RSF, tandis que les attaques contre les villages, les camps de réfugiés et les structures de santé se poursuivent, alimentant ce qui est désormais la plus grave crise humanitaire au monde, avec des millions de déplacés et un risque de famine. Les enquêteurs de l’ONU évoquent une violence systématique et planifiée, avec un langage génocidaire et un ciblage ethnique constituant des éléments centraux des opérations militaires. Sans une intervention internationale décisive, avertissent-ils, le risque de nouvelles atrocités de masse demeure extrêmement élevé.

Un article reconstitue les principaux acteurs en présence et les causes du conflit, en accordant une attention particulière au rôle des Forces de soutien rapide (FSR), qui doivent une grande partie de leur puissance au soutien financier et militaire des Émirats arabes unis. S’appuyant sur des données du renseignement américain, des rapports des Nations unies et des enquêtes journalistiques internationales, l’article met en lumière l’existence d’un vaste réseau d’intérêts économiques et géopolitiques, liés à l’extraction de l’or au Darfour et au contrôle des ports sur la mer Rouge, imputables d’une part aux Émirats et d’autre part aux FSR. La compréhension de ces dynamiques profondes, largement méconnues du grand public, constitue un élément indispensable pour tenter d’enrayer la plus grave crise humanitaire de notre temps et conduire à une pacification durable du pays. Voir, Le cause della guerra in Sudan e il ruolo degli Emirati Arabi Uniti Voir aussi Massacres au Soudan : pourquoi les Emirats arabes unis sont pointés du doigt

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