Selon le rapport 2025 de Transparency International, une corruption systémique continue de freiner le développement du continent et, d’après les données d’Afrobarometer, la méfiance des citoyens à l’égard des institutions électorales ainsi que la colère des jeunes apparaissent clairement. La Somalie et le Soudan du Sud figurent parmi les pays les plus corrompus au monde, sans oublier le Nigeria.
La corruption en Afrique « demeure un problème grave ». C’est ce qu’affirme le dernier rapport de Transparency International. Ce rapport montre que la majorité des pays d’Afrique subsaharienne se situe aux derniers rangs de l’indice mondial de perception de la corruption.
L’Indice de perception de la corruption (CPI) couvre 182 pays et territoires, analyse les défis liés à la gouvernance, les tendances de la corruption et leur impact sur le développement et la démocratie. Selon cette analyse, 10 des 49 pays de la région subsaharienne ont enregistré une détérioration significative, tandis que seulement 7 ont connu une amélioration, ce qui met en évidence que les efforts actuels de lutte contre la corruption ne produisent pas les résultats attendus.
L’évaluation repose sur des scores allant de 0 (hautement corrompu) à 100 (absence de corruption). Avec un score moyen de 32 sur 100 et seulement 4 des 49 pays de la région dépassant la barre des 50 points, l’Afrique subsaharienne se classe ainsi comme la région affichant les performances les plus faibles dans l’indice mondial couvrant 182 pays.
Le classement des pays africains
Les pays ayant obtenu les scores les plus faibles sont la Somalie et le Soudan du Sud (9 points chacun), l’Érythrée (13), le Soudan (14). Des scores très faibles sont également enregistrés par la Guinée équatoriale, le Burundi, la République démocratique du Congo, la Guinée-Bissau et les Comores.
Avec un score de 68, les Seychelles se classent en revanche au premier rang dans la région. Toutefois, le rapport a souligné des préoccupations croissantes quant à l’efficacité des mesures anticorruption dans le pays, en citant des retards dans les enquêtes et les poursuites judiciaires dans une affaire concernant un présumé blanchiment de 50 millions de dollars.
Les Seychelles sont suivies par le Cap-Vert avec un score de 62, tandis que le Botswana et le Rwanda ont obtenu 58 points. Il convient de souligner la position du Mozambique, avec un score de 21, qui a enregistré une baisse de 10 points au cours de la dernière décennie.
Les données citées dans le rapport montrent qu’au premier trimestre 2025, 334 nouveaux cas de corruption ont été enregistrés, avec des pertes estimées à environ 4,1 millions de dollars.
Madagascar et Angola
D’autres situations particulières sont signalées, notamment celle de Madagascar (25), où de graves et persistants problèmes de corruption ont été un facteur déclencheur des révoltes de la génération Z qui ont conduit à la chute du gouvernement en octobre 2025. Les manifestants dénonçaient notamment l’utilisation abusive de fonds publics, cause des coupures chroniques d’eau, d’électricité et d’autres services, ainsi que l’impunité dont bénéficient les fonctionnaires corrompus.
Une autre situation mise en évidence dans le rapport est celle de l’Angola (32). Bien que le pays ait adopté au fil des années des mesures pour réprimer la corruption et qu’il ait semblé avoir accompli des progrès au cours de la dernière décennie, il demeure encore dans la partie inférieure de l’indice. Cela signifie que de nombreux Angolais considèrent insuffisants les efforts anti-corruption de leur gouvernement.
L’impact sur la gouvernance
Les données publiées par le CPI montrent donc que la corruption constitue un problème diffus et systémique plutôt qu’un phénomène isolé. En Afrique, des scores durablement faibles sont souvent associés à des institutions étatiques fragiles, à une indépendance judiciaire limitée, à un espace civique restreint et à une instabilité politique prolongée.
Les pays occupant les derniers rangs se trouvent souvent confrontés à de multiples faiblesses de gouvernance qui se superposent. Parmi celles-ci figurent des systèmes judiciaires politisés, des mécanismes de contrôle et d’équilibre faibles, une liberté de la presse limitée et une protection insuffisante des lanceurs d’alerte et des organisations de la société civile.
Dans de tels contextes, la corruption s’enracine profondément dans la vie publique, influençant la manière dont le pouvoir est exercé et la répartition des ressources de l’État.
Les conséquences sont considérables et vont de la mauvaise gestion des finances publiques et du déclin des infrastructures à la réduction de la confiance des investisseurs et à l’érosion de la confiance publique.
La corruption, en substance, continue d’être l’un des obstacles les plus graves au développement et l’une des causes de l’augmentation des inégalités, des facteurs qui ont un impact direct sur la vie quotidienne.
Sans oublier que, comme dans un cercle vicieux, la faiblesse de la démocratie engendre des conflits armés, de l’insécurité et des troubles civils croissants. Des conflits qui, à leur tour, contribuent à la diffusion de la corruption et à la mauvaise gestion des fonds publics. Tout cela au détriment des personnes les plus vulnérables.
Méfiance envers les institutions
Pour démontrer à quel point les espaces les plus importants de la démocratie ne sont pas jugés aussi transparents qu’ils devraient l’être, on peut citer la dernière étude d’Afrobarometer consacrée aux élections.
L’analyse montre que les Africains souhaitent choisir leurs dirigeants à travers des élections équitables, mais que la majorité se méfie de l’organisme de gestion électorale chargé d’en garantir l’équité et la transparence.
Le rapport, basé sur 50 961 entretiens réalisés dans 38 pays africains en 2024/2025, montre néanmoins qu’une large majorité des citoyens déclare participer au processus électoral. Il s’agit donc d’une citoyenneté active. Pourtant, la déception intervient ensuite. Si plus de la moitié des personnes interrogées estiment que les dernières élections dans leur pays n’ont pas été largement libres et équitables, la confiance dans l’intégrité électorale s’est affaiblie. Dans 28 pays suivis de manière constante depuis 2014/2015, la perception d’élections libres et équitables a diminué de 7 points de pourcentage.
Le fait de déclarer participer au vote est plus élevé parmi les tranches d’âge plus âgées (82 %), signe probable que la méfiance concerne surtout les jeunes générations. La plupart ont déclaré se sentir libres de voter sans pression et d’adhérer à des organisations politiques. Cependant, un nombre significatif de personnes interrogées affirme avoir craint des violences ou des intimidations pendant la campagne électorale et doute que leur bulletin de vote soit réellement secret. Seuls environ 4 Africains sur 10 (38 %) déclarent faire « assez » ou « beaucoup » confiance à l’organisme de gestion électorale de leur pays.
Un autre élément important est que l’écrasante majorité des citoyens affirme que les représentants élus n’écoutent pas et ne répondent pas aux demandes de l’électorat. Seuls 17 % affirment que leurs parlementaires font « souvent » ou « toujours » de leur mieux pour écouter ce que les citoyens ordinaires ont à dire.
Valentina Giulia Milani, dans un article du 18 Février 2026 dans la revue Africa, affirme que ce rapport de Transparency International « photographie un continent encore loin du seuil critique des 50 points. Là où la corruption est plus élevée, l’accès à la santé, à l’éducation et à l’eau est plus difficile, et ce sont toujours les plus pauvres qui en paient le prix ». Le tableau qui en ressort est complexe, avec des différences internes entre l’Afrique subsaharienne et l’Afrique du Nord, mais « globalement marqué par des niveaux de corruption perçue encore élevés ». « L’Afrique subsaharienne se confirme comme la région ayant la moyenne la plus basse au monde, avec 32 points en moyenne. En Afrique du Nord, les scores restent également sous le seuil des 50 points : Tunisie 40, Maroc 37, Égypte 35, Algérie 34 et Libye 18. Aucun des pays nord-africains ne dépasse le seuil que Transparency International considère comme indiquant une perception relativement contenue de la corruption ».
Le rapport relie la perception de la corruption à la qualité des systèmes politiques et institutionnels. « Au niveau mondial, les démocraties pleines enregistrent une moyenne de 71 points, les démocraties imparfaites 47, tandis que les régimes non démocratiques se situent à 32 points, soit la même valeur que la moyenne de l’Afrique subsaharienne ». Sans établir d’automatismes entre catégories politiques et zones géographiques, une corrélation entre l’indépendance de la magistrature et des niveaux plus faibles de corruption apparaît néanmoins évidente.
Le rapport indique un autre élément : les pays disposant d’un espace civique « ouvert » ont une moyenne CPI de 68 points, contre 32 dans les contextes « répressifs » et 30 dans les contextes « fermés ». La restriction de la liberté d’expression, de la presse et d’association limite la capacité de dénoncer les abus et renforce l’opacité dans la gestion des ressources publiques. « Le rapport relie la corruption à la qualité des services publics et à la durabilité des finances publiques : détournement de fonds, contrats surévalués et paiements informels peuvent compromettre l’accès à la santé, à l’éducation, à l’eau et à l’énergie, affectant plus fortement les couches à faible revenu et réduisant la capacité des États à investir dans les infrastructures et les politiques sociales ».
Voir : Africa e corruzione: l’impatto su democrazia e sviluppo
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