Justice, Paix, Intégrité<br /> de la Création
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Quand le pouvoir se substitue au droit

El Heraldo de México 07.01.2026 Rodrigo Guerra López* Traduit par: Jpic-jp.org

Le droit au recours à la force exige le respect des fondements mêmes du droit

 

Il existe des moments dans l’histoire où la question décisive n’est pas de savoir qui détient la plus grande force, mais s’il existe encore un ordre capable de la contenir. Lorsque le droit international et les institutions chargées de le soutenir s’affaiblissent, le pouvoir tend à occuper leur place.

Le « droit international » est né avec des figures comme Francisco de Vitoria, qui concevaient l’ensemble des nations comme une communauté morale et juridique ordonnée vers le bien commun. Lorsque le droit cesse d’orienter la force vers le bien, il se dissout en violence. C’est précisément pour cette raison que le monde a besoin d’une réforme de l’ONU, et en particulier d’une réforme de son Conseil de sécurité.

Que signifie « réforme » ?

Premièrement : la représentativité.
Un organe qui décide de la paix et de la sécurité mondiales ne peut indéfiniment refléter la carte du pouvoir de 1945. L’Amérique latine, l’Afrique et de vastes régions de l’Asie réclament, à juste titre, un poids accru. La légitimité politique fait partie de l’efficacité juridique : un Conseil perçu comme un club élitiste perd autorité morale et capacité de mobilisation.

Deuxièmement : des limites au droit de veto.
Le veto est né pour éviter une rupture entre grandes puissances ; aujourd’hui, il fonctionne trop souvent comme une garantie d’impunité. Il est nécessaire de mettre en place des mécanismes empêchant qu’un seul acteur bloque l’action collective.

Troisièmement : des voies automatiques pour sortir de la paralysie.
Si le Conseil n’agit pas, un canal institutionnel doté d’une légitimité universelle supérieure — par exemple l’Assemblée générale — doit être activé sans délai afin de permettre des décisions coordonnées et vérifiables, et non de simples déclarations.

Quatrièmement,

et c’est le plus difficile : des mécanismes coercitifs crédibles sous mandat multilatéral, avec des contrôles stricts. Sans capacité de coercition légitime, le droit international se réduit à une exhortation.

Ici, la Doctrine sociale de l’Église offre une boussole : la paix n’est pas l’absence de guerre, mais le fruit de la justice ; et la communauté internationale a besoin d’institutions qui servent effectivement le bien commun. Cela implique du réalisme : la loi sans force est fragile. Mais cela implique aussi une dimension morale : la force sans loi est tyrannie. Le juste équilibre consiste en une autorité internationale limitée par le droit, structurée selon le principe de subsidiarité, orientée vers la dignité humaine et contrôlée par des règles claires. C’est ainsi que Benoît XVI la concevait (« Caritas in veritate », n. 67).

À l’heure actuelle, nous sommes face à une alternative : soit l’on renforce un ordre international dans lequel le pouvoir demeure soumis au droit, soit l’on revient à un scénario où le droit n’est plus qu’un langage décoratif au service des vainqueurs. Réformer l’ONU ne garantit pas automatiquement la paix. Mais ne pas la réformer ouvre la voie au retour de la loi du plus fort comme grammaire habituelle de la politique mondiale.

Du reste, le pape Léon XIV n’est pas étranger à une perspective où le pouvoir se trouve limité. En observant de près le cas du Venezuela, il a déclaré : « Le bien du cher peuple vénézuélien doit prévaloir sur toute autre considération et conduire à surmonter la violence et à emprunter des chemins de justice et de paix, en garantissant la souveraineté du pays, en assurant l’État de droit inscrit dans la Constitution, et en respectant les droits humains et civils de chacun et de tous » (4 janvier 2025).

Voir : Cuando el poder sustituye al derecho  

Secrétaire de la Commission pontificale pour l’Amérique latine*
Photo : Marco Rubio et Donald Trump, octobre 2025 © Evan Vucci / AP Photo

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