Justice, Paix, Intégrité<br /> de la Création
Justice, Paix, Intégrité<br /> de la Création
Justice, Paix, Intégrité<br /> de la Création
Justice, Paix, Intégrité<br /> de la Création
Justice, Paix, Intégrité<br /> de la Création

L’autre. Et le dialogue pour rester humains

https://labarcaeilmare.it 23.07.2026 Daniele Rocchetti Traduit par: Jpic-jp.org

Ce ne sont pas seulement les sources franciscaines qui racontent cette histoire, mais aussi les chroniques des croisés écrites directement depuis le front. Même les compagnons d’armes de l’époque durent consigner l’anomalie de cet épisode : la rencontre entre François d’Assise et al-Malik al-Kamil à Damiette, en Égypte.

Deux histoires, deux fois qui se rencontrent, se parlent et ne se diabolisent pas. Elles se séparent dans le respect, et le sultan offre des cadeaux. Parmi ceux-ci, ce cor d’ivoire encore conservé aujourd’hui dans la basilique d’Assise : un instrument destiné à la chasse ou à appeler à la prière, devenu le symbole d’une trêve réelle.

Il était une fois saint François

Rappeler ce récit en des temps comme les nôtres est un acte de résistance civile et spirituelle. Car, en sourdine, grandit un mépris de l’autre et de sa foi, nourri par les algorithmes, l’ignorance et le cynisme politique. Nous vivons à l’ère de la polarisation exacerbée, où l’identité se construit par soustraction : j’existe, moi, dans la mesure où je te détruis, te rabaisse ou te diabolise toi. Celui qui est différent n’est plus un mystère à découvrir ni quelqu’un avec qui se confronter, mais une cible commode sur laquelle projeter nos peurs collectives. Une menace dont il faudrait se protéger derrière des barbelés, réels ou mentaux.

Dans un scénario malheureusement alimenté aussi par beaucoup de ceux qui se déclarent chrétiens, ce qui s’est passé à Damiette en 1219 cesse d’être un chapitre effacé de l’histoire médiévale et devient un manifeste géopolitique d’une grande actualité.

Autour de cette tente résonnait le vacarme de la cinquième Croisade, proclamée par Innocent III pour frapper le pouvoir musulman en Égypte et l’utiliser comme monnaie d’échange afin de récupérer Jérusalem : le sang, le fanatisme idéologique, les calculs de pouvoir, le droit du plus fort. Au-dehors, on criait à la « guerre sainte » des deux côtés de la Méditerranée.

Mais à l’intérieur de cette tente, François et al-Malik al-Kamil accomplirent le seul véritable miracle possible en temps de guerre : ils se regardèrent dans les yeux sans l’intermédiaire du préjugé. Aucun des deux ne céda d’un millimètre sur sa propre foi. Il n’y eut pas de place pour un syncrétisme faible ou de façade. François resta le fou de Dieu, le chrétien radical ; le sultan resta le ferme défenseur de l’islam. Et pourtant, ils découvrirent que la fidélité à ses propres racines ne creuse pas nécessairement des tranchées, mais peut jeter des ponts. Ils se parlèrent non pas malgré leurs fois, mais à travers elles, reconnaissant chez l’autre le même désir de l’Absolu. Le cor d’ivoire conservé à Assise est le vestige archéologique d’une paix oubliée. Ce don dit que la rencontre laisse toujours une trace, infléchit l’avenir, désarme les mains.

Il était une fois. Aujourd’hui, non plus

Aujourd’hui, alors que le mépris insidieux risque d’anesthésier nos consciences, nous avons désespérément besoin de retrouver le courage de Damiette.

Le courage de franchir les lignes ennemies, non pour conquérir ou convertir par la force, mais pour faire place à l’écoute.

Car l’alternative au dialogue n’est pas la victoire d’une civilisation sur une autre, mais la ruine commune et définitive de notre humanité.

Voir, L’altro. E il dialogo per restare umani

Laisser un commentaire