Justice, Paix, Intégrité<br /> de la Création
Justice, Paix, Intégrité<br /> de la Création
Justice, Paix, Intégrité<br /> de la Création
Justice, Paix, Intégrité<br /> de la Création
Justice, Paix, Intégrité<br /> de la Création

AGNU 81 : réformer, transformer ou mourir ?

Butembo 03.10.2026 Jpic-jp.org Traduit par: Jpic-jp.org

« Reform, transform or die », réformer, transformer ou mourir : la formule prononcée il y a quelques mois par l’ancienne présidente de l’Assemblée générale, María Fernanda Espinosa, semble avoir trouvé dans la 81e session de l’ONU une confirmation plus actuelle que jamais. La High-Level Week de New York a montré un système multilatéral soumis à de fortes pressions, mais aussi la persistance de la conviction que les Nations unies demeurent indispensables. Bilan de l’Assemblée générale des Nations unies 2026.

Lorsque, le 22 septembre 2026, s’est ouvert le débat général de la 81e Assemblée générale des Nations unies, le président de l’Assemblée, le Bangladais Khalilur Rahman, a posé la question au cœur de la semaine : « En dehors de ces murs, les gens ne se demandent pas si les Nations unies existent encore. Ils se demandent si elles fonctionnent ». Le thème choisi pour la session — « Restoring Trust, Managing Transformation : A United Nations That Delivers for All », « Restaurer la confiance, gérer la transformation : une ONU qui produit des résultats pour tous » — n’était donc pas un slogan diplomatique, mais bien le problème auquel les gouvernements étaient appelés à se confronter.

Le bilan de la semaine, qui s’est achevée le 28 septembre, est contrasté. D’un côté, près de deux cents délégations ont réaffirmé que la paix, le droit international, le développement durable, les droits humains et la coopération multilatérale restent indispensables. De l’autre, les conflits, les divisions géopolitiques, la crise climatique, les inégalités, les pressions financières exercées sur l’ONU et la rapidité vertigineuse des transformations technologiques ont montré combien il est difficile de traduire ces principes en décisions efficaces.

Une crise de confiance qui concerne aussi l’ONU

En ouvrant le débat, le secrétaire général António Guterres a décrit un monde dans lequel « les lignes de fracture s’élargissent » : guerres prolongées, civils pris pour cibles, droits humains bafoués, faim utilisée comme arme, travailleurs humanitaires tués, droit international mis de côté, inégalités croissantes et crise climatique désormais devenue une réalité quotidienne. À tout cela s’ajoute l’intelligence artificielle, dont la vitesse de développement a dépassé la capacité des institutions à la gouverner.

Le président Rahman a insisté sur le même point : la confiance ne peut pas simplement être réclamée ; elle doit être gagnée par des décisions crédibles, des engagements tenus et des résultats concrets. À l’issue du débat général, le 28 septembre, il a observé que le mot le plus fréquemment revenu dans les interventions des gouvernements avait été « paix », non pas comme une aspiration lointaine, mais comme une défense de la Charte de l’ONU, du droit international et de la protection des civils. Il a cité Gaza, le Myanmar, le Soudan, l’Ukraine et la question des Rohingyas comme autant d’expressions différentes d’une même crise internationale.

La conclusion la plus significative est peut-être précisément celle-ci : le problème de l’ONU n’est pas seulement sa capacité à adopter des résolutions, mais sa capacité à les transformer en changements réels. Comme l’a résumé Rahman, le véritable test du multilatéralisme est de savoir si l’action collective parvient à changer la réalité sur le terrain.

Réformer l’ONU : encore une promesse, pas encore un tournant

La réforme des Nations unies est restée l’un des thèmes centraux de la semaine. De nombreux gouvernements ont demandé une organisation plus représentative et capable de répondre aux réalités géopolitiques du XXIe siècle. La demande africaine d’une présence permanente au Conseil de sécurité a été particulièrement forte.

Dans son discours de clôture, Rahman a qualifié l’exclusion de l’Afrique des sièges permanents d’« injustice persistante » et souligné qu’aucun programme de réforme, y compris l’initiative UN80, ne pouvait être considéré comme complet sans s’attaquer à cette question. Le Nigeria, parmi d’autres pays africains, a réitéré la demande d’au moins deux sièges permanents pour l’Afrique, avec un droit de veto aussi longtemps que ce droit continuera d’exister.

Mais la High-Level Week n’a débouché sur aucune décision susceptible de modifier concrètement la composition du Conseil. La réforme reste donc un processus politique encore ouvert.

Il en va de même pour la transformation interne de l’ONU. L’initiative UN80, lancée à l’occasion du 80e anniversaire de l’Organisation, vise à réduire les doublons, accroître l’efficacité et adapter l’appareil des Nations unies aux nouvelles conditions financières et géopolitiques. Mais Rahman a souligné que la réforme administrative ne peut pas remplacer la réforme politique : modifier les structures et réduire les coûts ne suffit pas si la capacité des États membres à prendre des décisions communes n’évolue pas elle aussi.

Guerres et crises humanitaires : le grand échec non résolu

La guerre est restée en arrière-plan — et souvent au centre — de toute la semaine. Gaza a occupé une place importante dans les interventions, aux côtés des guerres et des crises en Ukraine, au Soudan et au Myanmar, ainsi que de la situation des Rohingyas. Guterres a demandé aux dirigeants de mettre à profit cette semaine diplomatique pour favoriser la désescalade et le dialogue, soulignant que la force ne peut devenir l’arbitre ultime des droits et de l’avenir des populations.

Le problème est que l’ONU continue de se trouver face à une contradiction entre la centralité de la Charte et la difficulté des États membres à en appliquer les principes de manière cohérente. La présidence de l’Assemblée elle-même a souligné que le droit international, le droit humanitaire et la protection des civils ne peuvent être appliqués de manière sélective si l’on veut restaurer la confiance dans l’ordre multilatéral.

À cet égard, la 81e Assemblée n’a pas résolu les grandes guerres en cours. Elle a cependant clairement montré que la crédibilité de l’ONU dépendra de plus en plus de sa capacité à combler la distance entre les déclarations et la protection effective des populations.

Climat, élévation du niveau de la mer et développement : quelques résultats concrets

Sur le front climatique, la semaine a produit au moins un résultat institutionnel significatif. Le 24 septembre, l’Assemblée générale a adopté une Political Declaration on Sea-Level Rise, reconnaissant le phénomène comme un problème non seulement environnemental, mais aussi humanitaire, économique, de développement et de sécurité.

Les données rappelées lors de la réunion montrent l’ampleur du défi : le niveau moyen mondial de la mer s’élève aujourd’hui à un rythme plus de deux fois supérieur à celui enregistré au cours des premières années des observations satellitaires ; environ 900 millions de personnes vivent dans des zones côtières de faible altitude et plus d’un milliard pourraient être exposées aux risques côtiers d’ici 2050.

La question du droit au développement a également été relancée à l’occasion du quarantième anniversaire de la Déclaration de 1986. Le président Rahman a insisté sur le fait que le développement ne signifie pas seulement croissance économique, mais aussi la possibilité pour les personnes de vivre dans la dignité, d’exercer leurs droits et de participer aux décisions qui concernent leur avenir. La nouvelle frontière est également technologique : les pays en développement ne doivent pas se limiter à consommer les technologies de demain ; ils doivent pouvoir contribuer à en déterminer les règles et les orientations.

Quant aux Objectifs de développement durable, le tableau reste difficile. Le rapport de l’ONU 2026 indique que seuls 36 % des 139 objectifs pour lesquels des données sur les tendances sont disponibles sont en bonne voie ou affichent des progrès modérés. La dette, les conflits, les inégalités et les chocs climatiques continuent de ralentir la mise en œuvre de l’Agenda 2030.

Une leçon de la pandémie : la santé est un bien mondial

Le 25 septembre, l’Assemblée a consacré une journée à la prévention et à la préparation aux pandémies. Après la COVID-19, l’objectif était de transformer les leçons de la pandémie en engagements durables.

La réunion a abouti à l’adoption d’une nouvelle déclaration politique sur la prévention, la préparation et la réponse aux pandémies, fondée sur la coopération, l’équité et la solidarité. La déclaration souligne la nécessité de renforcer les systèmes de santé, les capacités nationales et locales, la surveillance et l’accès équitable aux outils de santé.

Un point décisif reste toutefois à finaliser : le système de Pathogen Access and Benefit Sharing (PABS), nécessaire pour rendre pleinement opérationnel l’accord de l’OMS sur les pandémies. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a insisté sur la nécessité de conclure rapidement les négociations.

Intelligence artificielle : la nouvelle frontière de la gouvernance

Un autre thème transversal a été celui de l’intelligence artificielle. La discussion ne s’est pas limitée aux opportunités économiques offertes par cette nouvelle technologie, mais a posé une question politique fondamentale : qui décide des règles de l’IA, qui en bénéficie, qui en supporte les risques et qui est responsable lorsqu’elle cause des dommages ?

Dans son bilan final de la semaine, Rahman a insisté sur la nécessité d’une gouvernance de l’intelligence artificielle centrée sur l’être humain, inclusive et attentive aux besoins des pays en développement. Il a également mis en garde contre le risque d’une nouvelle fracture mondiale dans laquelle quelques pays et quelques entreprises contrôleraient les données, la puissance de calcul et les règles appelées à influencer l’avenir de tous.

Le processus, toutefois, ne fait que commencer. L’ONU a déjà créé de nouveaux instruments de gouvernance de l’IA, parmi lesquels le Global Digital Compact, le panel scientifique international indépendant et le Global Dialogue on AI Governance. Le président de l’Assemblée générale a indiqué que 2027 constituerait une nouvelle étape du débat.

Durban et la lutte contre le racisme

Le 28 septembre, dernier jour de la High-Level Week, l’Assemblée a commémoré le 25e anniversaire de la Déclaration et du Programme d’action de Durban contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et les intolérances qui y sont associées.

Le président Rahman a appelé à passer des déclarations aux plans d’action nationaux financés, des promesses à des résultats mesurables et de l’impunité à la justice. La commémoration a ainsi cherché à transformer un anniversaire en un nouvel engagement politique.

Et alors : « reform, transform or die » ?

La 81e Assemblée générale n’a pas produit la grande réforme de l’ONU que beaucoup considèrent comme nécessaire. Elle n’a pas résolu les guerres, n’a pas comblé le fossé entre le Nord et le Sud du monde, n’a pas réformé le Conseil de sécurité et n’a pas automatiquement rétabli la confiance dans le système multilatéral.

Mais elle a fait quelque chose d’important : elle a clairement placé ces problèmes au centre du débat.

Le message qui ressort de New York est que l’ONU ne peut pas survivre en se contentant de défendre ses propres structures. Elle doit démontrer qu’elle est capable d’agir dans un monde profondément différent de celui de 1945 : un monde de guerres prolongées, de crises climatiques, d’inégalités, de migrations, de nouvelles technologies et de centres de pouvoir toujours plus nombreux.

La formule de María Fernanda Espinosa — « réformer, transformer ou mourir » — reste donc une provocation, et non une sentence. L’Assemblée générale elle-même a montré que les États ne veulent pas renoncer aux Nations unies. Mais ils ont également reconnu, sous des formes diverses, que l’Organisation doit changer.

Le président Rahman a conclu le débat par une phrase qui peut être considérée comme la synthèse de toute la semaine : le dialogue peut être difficile et frustrant, « mais il vaut toujours mieux qu’un monde dans lequel nous cessons de parler et prenons les armes ». Le véritable test, désormais, ne sera pas ce qui a été dit à New York, mais ce que les États feront lorsqu’ils retourneront dans leurs capitales et reprendront les négociations au sein de l’ONU.

La High-Level Week est terminée. Le défi de transformer la confiance retrouvée en résultats concrets ne fait que commencer.

 

Laisser un commentaire